Petit traité de la franchise à l’usage des rustres et des malentendant(e)s

17 Nov 2014 ∙ 7:30 par David MARTIN
Développement personnelValeurs humaines
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Franchise - Citation : La franchise est souvent une faute, presque toujours une maladresse. Delaroa.

Maltraitée, souvent employée à tort, la franchise est le plus souvent une émotion mal vécue, exprimée avec des mots qui vont habituellement bien au delà de la pensée. Le conflit arrive alors que cette parole franche est supposée faire entendre un message. Voici l’approche de la franchise – version soft.

La franchise a quelque chose de brutale. Elle manque de finesse, elle blesse plus qu’elle ne guérit. Elle ouvre les hostilités plus qu’elle ne résout de divergences. Elle libère des émotions qui ont du mal à s’exprimer. Sans se soucier de la forme, la franchise manque ainsi son objectif : celle de faire entendre et comprendre un message.

La définition

Le dictionnaire du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales  –  donne à la franchise, la définition suivante :

Caractère de celui qui est franc; qualité de ce qui est franc.

[En parlant d’une pers.] Qui parle et agit ouvertement, sans dissimulation, comme elle pense. Entière franchise; air de franchise; parler avec franchise.

La véritable franchise existe parmi les jeunes sous-officiers de cavalerie, braves comme leur épée et se moquant de tout ce qui peut arriver
(Stendhal, Mém. touriste, t. 2, 1838, p. 419).

PARAD. Franchise/bonté, franchise/générosité, franchise/ loyauté.

Devant ces exemples, on peut sentir au travers des différentes définitions et de leurs approches, que la franchise ne transpire pas de sérénité. Qu’il vit quelque chose de plus brutal : une forme d’émotion « en réaction à », plus extrême, voir négative.

La pyramide de la communication

La franchise est souvent perçue comme une valeur ou une vertue mis à la disposition de notre personnalité et de notre communication qui peut avoir toute sa place dans un milieu militaire. Dans d’autres contextes, employée à tort, elle se positionne souvent à la fin d’un échange, de façon conflictuelle, comme une forme de jugement dernier.

Visant un dialogue plus serein et sans conflit, il serait intéressant d’inverser le moment et d’installer cette « vertue » en début d’échanges. Une attitude qui a l’avantage d’offrir alors une intention claire, une position bienveillante et d’éviter les jugements hâtifs. Cette loyauté parait alors évidente, transparente, limpide pour chacun. La communication devient limpide, sincère et n’engendre aucune peur. Aucune raison de dissimuler ou de manipuler. Le dialogue et l’écoute s’ouvrent, la confiance s’installe et on ne manque pas l’objectif principal : celui de se (faire) comprendre et de laisser la place pour entendre l’autre.

Avec la franchise « classique », il est probable que toute personne en face, ne s’en tienne – plus – à la communication non verbale, plutôt qu’aux mots qui seront employés dans le message, qui rappelons le, ne comptent que pour 7 % dans notre communication. Cette donnée provient de la fameuse règle du « 7 % – 38 % – 55 % », également appelée « règle des 3V », définie dans la pyramide de la communication par Albert Mehrabian.

Cette règle définie que :

  • 7 % de notre communication est verbale
    (par la signification des mots)
  • 38 % de notre communication est vocale
    (Para verbal – intonation et son de la voix)
  • 55 % de notre communication est visuelle
    (Non verbal – expressions du visage et du langage corporel).

Pour parler efficacement et significativement de nos émotions, ces 3 formes de communication doivent correspondre entre elles. Dans le cas contraire, toute personne qui nous écoute peut être troublée par deux messages arrivant par deux façons différentes et qui se contredisent. Exemple, dire que l’on est d’accord mais que l’ensemble para-verbal et non-verbal exprime un profond désaccord par une attitude plus agressive.

Ce qui veut dire que la franchise, hardie, qui arrive en bout de course, souvent remplie d’un trop plein d’émotions, marquera certainement bien plus notre interlocuteur par notre intonation et par notre expression. Mais pas sur l’objet du message, qui bien qu’essentiel, ne sera finalement pas entendu.

Albert Mehrabian a relativisé ces résultats et a insisté sur l’importance de les replacer dans leur contexte, car la sphère scientifique a souvent remis en question la pertinence de la généralisation de ses résultats. Malgré les précautions à prendre lorsque l’on cite les chiffres de Mehrabian, il apparaît que le non verbal tient bien une place prédominante et primordiale dans notre appréciation des situations et dans notre communication.

D’après Mehrabian, ces trois types de communication justifient la différence d’intérêt que l’on éprouve pour une personne qui parle de ses sentiments. Il faut donc positionner avant tout ses intentions et vivre les émotions de nos échanges de façon assertive. C’est à dire ni de façon passive, ni de façon agressive.

L’assertivité

L’assertivité, ou comportement assertif, est un comportement désignant sa capacité à s’exprimer et à défendre ses droits sans empiéter sur ceux des autres. Elle est une « expression libre de toutes émotions vis-à-vis d’un tiers, à l’exception de l’anxiété ».

L’assertivité est considérée comme l’art de faire passer un message difficile sans passivité mais aussi sans agressivité.

Le mot assertivité provient de l’anglais assertiveness, substantif formé à partir du verbe « to assert » : affirmer, assertion, s’affirmer, défendre ses droits, défendre son opinion. Assertiveness peut se traduire en français par affirmation de soi.

Dans le cadre des relations humaines, l’assertivité est présentée comme un comportement qui s’appuie sur le refus d’avoir recours à trois comportements types à effets négatifs :

  • Les comportements d’agression (ou de domination par la force);
  • Les comportements de soumission, qui peuvent se matérialiser par la fuite ou l’abandon;
  • Les comportements de manipulation (ou de domination par la ruse), parfois exprimés sous forme de manipulations mentales.

Avec le choix d’un comportement assertif suit l’intention et donc l’adoption d’une « position de vie » correspondante. Considérée comme fondamentale pour la communication non violente (ou CNV), elle produit un effet d’entraînement sur nos interlocuteurs et permet d’accroître la qualité de la relation et la compréhension mutuelle, en enclenchant une forme de cercle vertueux.

Franchise VS Esprit de loyauté

D’un point de vue personnel, la franchise n’est pas une valeur, mais plutôt un dysfonctionnement dans notre personnalité ou une réaction bien trop émotionnelle. Une parole qui se déverse, à bout de souffle, comme une rivière prête à déborder.

Contrairement à la franchise, l’esprit de loyauté est une intention transparente, limpide, qui se lit dans nos yeux. Nul besoin de le dire, de le rappeler, de prévenir les autres pour se prémunir ou se défendre. Elle découle simplement d’une loi – celle d’une intention claire.

La franchise cache bien souvent une forme de maladresse dans l’expression de nos sentiments ou dans le vécu de Qìnos émotions. Elle ne doit pas être une excuse pour déverser sa colère ou se permettre de dire n’importe quoi sans penser aux conséquences. Je sais de quoi je parle, pour avoir trop longtemps confondu la franchise et cet esprit de loyauté.
Au lieu de se dire que l’on est quelqu’un de – FRANC, pourquoi ne pas essayer de se dire que l’on est quelqu’un de – CLAIR.
Vous verrez l’énergie que ce mot déploie alors sur vous et votre entourage. Cette nouvelle dynamique changera radicalement votre vie : l’énergie du conflit se transformera en une énergie « vitale » – libératrice (Qi).

Maintenant, quand vous entendrez quelqu’un vous dire que c’est une personne franche, où encore qu’elle vous demande de s’exprimer en toute franchise, vous saurez à quoi vous attendre.
Stoppez court et demandez lui de prendre un instant pour bien réfléchir à ce qu’il va dire et deverser.

Afin d’être certain de bien entendre ensemble le bon message à faire passer.

Conversation - Penser avant de parler

La franchise ne consiste pas à dire tout ce que l’on pense mais à (bien) penser tout ce que l’on dit.
H. De Livry


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