Médecin généraliste – Une profession qui a perdue la foi

06 Juin 2014 ∙ 9:18 par David MARTIN
Citation du jourSanté & Bien-être
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Le mythe du médecin de famille vient de tomber. Les faits et chiffres sont clairs : la France va prochainement manquer de médecins généralistes. La chute des effectifs atteint 6,5% depuis 2007 et devrait grimper à 12% d’ici à 2020. Résultat, si la France compte de moins en moins de généralistes, les effectifs de médecins spécialistes, eux, continuent de grimper: + 6% depuis 2007. Si la tendance se maintient, les spécialistes – hors chirurgiens – seront plus nombreux d’ici à 2020.

Certains départements sont inégaux devant ces effets de la désertification. Mais la tendance est assez générale sauf pour la façade Atlantique ainsi que la Savoie, qui attirent depuis quelques années un peu plus les praticiens. Cependant, Paris et l’Aisne ont perdu respectivement 21,4% et 18,1% de leurs effectifs de généralistes en 7 ans.

Pourquoi cette profession est-elle délaissée ?

Plus une profession de foi mais un choix par dépit

Le problème ? « La médecine générale reste trop souvent un choix par défaut des étudiants en médecine », selon Patrick Bouet. Être médecin généraliste n’est donc plus une vocation mais un choix par dépit.

L’état français met en place certaines mesures plus attractives pour nos futurs médecins mais cela risque de ne pas suffire. «L’attractivité dépend des conditions de rémunération». Le revenu moyen d’un généraliste est inférieur de près de 30% à celui d’un spécialiste. Les syndicats de généralistes réclament donc que le tarif à l’acte augmente de 23 à 25 euros. Une solution difficilement imaginable lorsque que le gouvernement veut réaliser 10 milliards d’économies sur la santé d’ici à 2017.

Un autre problème est celui de la reconnaissance de certains généralistes qui se sont spécialisés : homéopathes, nutritionnistes, etc. La pénurie de médecins généralistes est d’autant plus latente qu’on compte parmi parmi eux un quart de ces médecins à exercice particulier (MEP). Ainsi, acupuncteurs, nutritionnistes, homéopathes, médecins du sport…ne sont pas reconnues comme des spécialités à part entière, et confèrent à ces types de praticiens une image à la population autre que celle du traditionnel – médecin de famille. L’inconvénient pour ces MEP est qu’ils effectuent moins de consultations que leurs homologues « simples » généralistes, même s’ils pratiquent davantage de dépassements d’honoraires.

Les raisons de la baisse du nombre de généralistes sont donc multiples : meilleure rémunération pour les spécialistes, regain d’intérêt pour le salariat qui préserve la vie familiale… Mais le manque d’attrait pour la médecine générale s’explique, avant tout, semble t’il, par la durée des études : 9 à 11 années avant de pouvoir visser sa plaque.
Aussi, la profession ne proposerait que peu de stages en médecine générale durant la formation. Ou encore, peu d’informations seraient diffusées sur l’installation d’un cabinet.

Ce serait donc une question de promotion dont souffrirait la profession ?
Ces points ne seraient même pas un problème si le choix de ces futurs médecins était orienté par une véritable motivation. Certaines villes ou villages sont prêts à aider financièrement ou à faciliter le démarrage d’un médecin dans leurs communes : accès à un local, impôts et taxes professionnelles avantageux, etc. Le médecin de famille, même s’il ne doit parfois pas compter ses heures parfois, ne souffre pas du stress du personnel hospitalier et d’un manque de reconnaissance de ses patients.

Dernier détail plus inquiétant : le profil type du médecin de famille se présente aujourd’hui sous une moyenne d’âge de 51,6 ans… Les praticiens âgés de plus de 60 ans représentent désormais plus du 1/4 de la profession. Autre chiffre saillant : celui du nombre de médecins retraités qui exercent toujours : 21,3 %. Une proportion qui a bondi de 18,2 % en 1 an et de… 370,8 % en 7 ans !

Soit ces médecins ont encore le véritable feu sacré. Ce que j’espère. Soit leurs décisions sont elles aussi motivées par un manque à gagner sur leurs retraites. Une question qu’il serait intéressant de poser.

Ce qui est plus inquiétant dans cette évolution est que le choix de carrière d’un médecin généraliste ne se dessine pas aujourd’hui par vocation mais par intérêt. La profession de médecin de famille serait-elle relayée aujourd’hui à un simple métier rémunérateur comme un autre ?
Mais sans motivation comment peux-t-on penser s’intéresser aux autres et prétendre pouvoir les aider ?

Quelles alternatives ?

Devant ses faits, allons-nous accéder à une médecine à 2 vitesses comme aux Etats-Unis ?

Car en dehors de situations extrêmes et graves, personne ne s’imagine aujourd’hui attendre de très longues heures aux urgences d’un hôpital surchargé situé à 45 min. de chez soi, pour se faire soigner un panaris, ou une grippe par un personnel épuisé et manquant d’écoute sous la pression.
Ce serait comme aller faire réparer sa voiture dans un atelier minute sans rendez-vous et sans garantie de résultat.

Comment faire ? Les personnes les plus aisées pourront toujours accéder aux traitements médicaux et au personnel de leurs choix. Pour les autres, l’automédication va alors certainement prendre le relais, avec ses risques. Les médecines et techniques alternatives (homéopathie, naturopathie, etc.) vont certainement s’ouvrir encore plus, pour proposer des solutions parfois mieux adaptées et des praticiens plus à l’écoute. Ce qui ne sera pas forcément une mauvaise nouvelle, grâce à leurs techniques d’approches et de traitements parfois mieux adaptés. Sauf bien sur, pour les portefeuilles des patients, car nous risquons de voir nos consultations et nos traitements non remboursés par la sécurité sociale. Et il y a peu de chance que nos Mutuelles Santé prennent le relais, sauf si nous y mettons le prix.

Un changement qui pourrait peut-être bien arranger l’état, car rappelons le, il lui faut combler un trou abyssal de 10 milliards d’euros d’ici 3 ans…

Le paradoxe est que l’Ordre des médecins ne va finalement pas voir cela d’un très bon oeil. Car ce lobby se refuse encore d’autoriser des techniques autres que celles décidées par eux. Même s’il n’y a plus de médecins généralistes disponibles et qu’aucune autre alternative ne peut être permise.

Ne dis-t-on pas : « La santé n’a pas de prix » ?
Apparemment, aujourd’hui elle en a un ! En espérant qu’elle ne se retrouve pas un jour cotée en bourse…

Pour en savoir plus

La France va manquer de généralistes d’ici 2020 »
Médecins généralistes. Inquiétante hémorragie »

La citation du jour

Aujourd’hui j’ai 2 citations à vous proposer. Toutes deux remplies de sagesse 😉

Si j’étais médecin, je prescrirais des vacances à tous les patients qui considèrent que leur travail est important. »
Bertrand Russel – Philosophe

N’espère rien de l’homme s’il travaille pour sa propre vie et non pour son éternité. »
Saint-Exupéry

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