SOINS PALLIATIFS – L’agitation autour du patient en fin de vie, un risque ?

21 Mar 2017 ∙ 13:23 par David MARTIN
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Dr Thierry Morcrette, Spécialiste en Soins Palliatifs

« L’agitation autour du patient en soins palliatifs, un risque ? » a été inspiré de l’expérience vécue et racontée par un témoin de l’accompagnement d’un fin de vie d’un proche : la main de la mourante se dérobait de celle qui la tenait. Interrogations pour celle qui croyait être dans « ce qu’il fallait faire » pour que celle qui allait mourir puisse mieux partir en paix, sans être seule.

Voici les réflexions tenues lors de la RENCONTRE PLURIPROFESSIONNELLE SUR LES PRATIQUES EN SOINS PALLIATIFS organisé par le RESEAU DE SOINS PALLIATIFS des Pyrénées Orientales, que le Dr. Thierry Morcrette animait à cette occasion. Le Docteur Morcrette est médecin à la Clinique Saint-Pierre au service Oncologie et spécialiste en soins palliatifs.

Quelle place pour l’accompagnant en fin de vie ?

Le nombre de personnes qui veulent se présenter pour intervenir en structure de soins palliatifs, étonne de plus en plus et irrite parfois un peu. N’y a-t-il pas beaucoup de bruit, d’agitation autour de ces patients ? Ne sommes nous pas à vouloir combler pour de multiples raisons un vide qui nous gêne ?

Au moment de la fin de la vie du patient n’est il pas suffisant d’accueillir le combat, l’angoisse de l’agonisant ? D’accueillir son silence, son enfermement ? D’accueillir sa solitude sans jamais la combler ou vouloir la connaitre ?

Rester sur le seuil ; ne pas aller plus loin ; accepter de ne pas pouvoir. « Faire un pas de plus ce serait reculer » disait un conférencier lors d’un congrès. « Il faut accepter de se pencher au bord du précipice sans jamais y tomber » rajoutait-il.

Même avant cette fin de vie à proprement parlé je me pose parfois la question du « TROP ». Trop de médecins, trop de psy, trop de philosophie, trop de religion, trop de médecines complémentaires, etc.…

Où devons nous nous arrêter ?

Réflexions et questionnements

Voici les réflexions et questionnement ressortis lors de cet échange mené au sein de cette rencontre animé par le Dr. Thierry Morcrette.

Il s’agit avant tout du besoin des soignants et des accompagnants d’essayer d’approcher au plus près le patient en soins palliatifs ou en fin de vie. Il faut avant tout tenir compte de la volonté de ce dernier.

Cette réflexion sur l’agitation autour du patient renvoie à l’envie des soignants et des accompagnants d’être présent quand le patient va décéder. Cette envie ne se concrétise-t-elle pas par une multiplication des intervenants ? Est-ce qu’il n’y a pas parfois trop de « bruit médical » ?

Or il faut aussi savoir prendre en compte la solitude de l’autre dans ce moment là. (Notion « ensemble mais toujours seul ». Cf. Christophe Fauré, psychiatre, spécialisé dans l’accompagnement des personnes en deuil, des personnes en fin de vie et de leurs proches).

La question est posée de savoir si nous n’idéalisons pas le moment du départ pour la personne en fin de vie.

L’accompagnant doit « marcher à côté du patient ». Le rôle du soignant est donc d’évaluer les besoins et ne pas imposer le passage des intervenants. La difficulté est de savoir comment évaluer ces besoins ; À quel moment doit-on s’arrêter ? Chacun doit avoir son libre arbitre d’intervention en écoutant le patient et ne rien lui imposer.

Il faut donc essayer de repérer qu’elles sont les expressions de cette agitation des soignants et des accompagnants autour du patients en soins palliatifs ou en fin de vie.

Cette agitation autour du patient provient souvent également de la famille et de l’entourage. Ainsi les demandes d’interventions de psychologues sont généralement plus pour les familles que pour les patients.

La collaboration entre tous les intervenants reste importante mais il faut savoir percevoir et accepter que le patient n’ai pas ou plus besoin de nous.

Il est évoqué le questionnement de l’utilité des interventions tout au long du parcours du patient.

A quel moment faire appel à un tiers sans être intrusif ? Quand faire appel aux équipes de soutien en soins palliatifs ? Pour cela il faut savoir où en est le patient et ce qu’il attend.

Parfois, l’intervention d’un tiers peut être structurante pour la famille et l’entourage. Exemple de situations où la famille n’est pas consciente de cet « espace de liberté » du patient.

Souvent la famille tend à un idéal sur l’accompagnement. Or il faut pouvoir permettre au patient de connaitre cette solitude, notamment quand une spiritualité se fait entendre.

Vision des soins palliatifs par le Dr. Thierry Morcrette

Généraliste de formation, médecin de ville, Thierry Morcrette s’est spécialisé dans les soins palliatifs en cours de carrière. Aujourd’hui, il s’occupe, avec son équipe, d’une poignée de lits consacrés aux soins palliatifs au sein du service oncologie de la clinique Saint-Pierre, à Perpignan (Pyrénées-Orientales).

Son service accueille des patients en fin de vie, mais aussi des patients d’oncologie soumis à de lourds traitements. Au-delà des incantations qui appellent à pouvoir choisir le lieu et le moment de sa disparition dans les débats qui ressurgissent épisodiquement dans l’actualité, ce reportage réalisé par Yann Kerveno est l’occasion d’envisager la question d’une autre manière en parlant de « quantité de vie » à donner, et de faire en sorte que les patients restent « vivants » jusqu’au terme de leur parcours.

Et l’occasion de se rendre compte que mourir dans la dignité ne se résume pas à une question de date et d’heure choisie par le patient.


SOURCES :

PHOTOS : Yann KERVENO pour PÈLERIN Magazine

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