Empathie & compassion : une avancée majeure pour les soignants

22 Sep 2016 ∙ 11:43 par David MARTIN
Développement personnelSanté & Bien-êtreSciences
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Dalaï Lama - Strasbourg 2016

Dans notre système de santé actuel, nous insistons beaucoup sur l’empathie à porter aux patients. Lors de la rencontre avec le Dalaï Lama à l’Université de Médecine de Strasbourg, il a été exposé une avancée scientifique et une direction plus précise entre l’empathie et la compassion. Une nouvelle approche qui pourrait bien changer le regard porté aux patients.

Lors des TABLES RONDES de cet événement sur les thèmes de la – méditation & neurosciences – organisées lors de la rencontre avec Dalaï Lama à Strasbourg en septembre 2016, les thèmes de l’empathie, de la compassion et de la conscience, ont été abordés avec les chercheurs ayant participé à cette rencontre d’une semaine.

L’empathie peut conduire à des sentiments négatifs

Ainsi, les travaux de la Franco-Allemande, Tania Singer, qui travaille au Max Planck Institute à Leipzig, a montré que l’empathie et la compassion ne passent pas par les mêmes réseaux neuronaux dans le cerveau.

A un niveau émotionnel, elle explique :

Dans le premier cas, la personne empathique résonne en écho à la souffrance ou à la joie de l’autre. Elle éprouve l’émotion de l’autre. En revanche, dans la compassion, on éprouve de l’émotion pour l’autre »

Tania Singer expose donc que l’empathie, quand elle déborde, amène à des sentiments négatifs et rajoute :

La compassion conduit à des sentiments positifs et a plus d’impact sur l’altruisme. »

Après avoir entendu l’exposé de Tania Singer, le Dalaï Lama a ensuite précisé :

C’est exact. Car la compassion authentique est liée à la sagesse, au discernement. Quand on voit quelqu’un qui souffre, on voit aussi qu’il y a une cause à cette souffrance et qu’il y a un moyen de surmonter cette cause. »

Compassion & soignants – Une approche trop mystique ?

Durant l’ensemble des formations de soignants, l’approche présentée dans le système de santé actuel est bâtie autour de l’empathie, qui doit être cultivé et préservé. La limite à ne pas franchir est alors la sympathie (empathie VS sympathie) afin d’éviter les débordements et de préserver la distance thérapeutique avec les patients.

Jusqu’à ce jour, il n’a jamais été approché le sujet de la compassion. Un positionnement perçu trop souvent comme un simple synonyme de l’empathie, encore jugée en occident comme bien trop « mystique » et donc trop impliquante pour les soignants. Or, cette conférence, a aujourd’hui démontrée que la compassion, n’a rien à voir avec nos croyances (individuelles ou religieuses) et que cette attitude est certainement la plus sincère car elle demeure certainement la meilleure approche à cultiver avec un patient.

En effet, la compassion préserve l’altruisme nécessaire pour – être au soin – et permet d’observer avec discernement la souffrance, les causes et les moyens de l’aborder. La compassion ne vient pas parasiter notre vision par de fortes émotions souvent déstabilisantes. Toute difficulté est alors perçue comme un état de fait. L’implication personnelle n’est alors pas mise en jeux et ne menace donc pas cette fameuse distance thérapeutique.

La compassion est avant une attitude humaniste, où les difficultés de l’autre sont perçue avec discernement, avec une certaine forme de – pleine conscience. Cet état répond donc de manière sincère, à l’échange « idéal » entre un patient et un soignant.

La compassion dans les soins palliatifs

Elisabeth Kubler-RossElisabeth Kübler-Ross, médecin psychiatre précurseur dans les soins palliatifs et dans l’accompagnement de personnes en fin de vie dès les années 60, fut une des premières soignantes de la médecine moderne qui aborda et appliqua la compassion dans ses échanges avec ses patients. Elle évoque clairement cette posture de compassion auprès de personnes mourantes dans son ouvrage « La mort est un nouveau soleil » (Edition – Le Rocher, 1988) :

[…] Ma troisième observation et sans doute la plus subjective, était le fait que j’avais toujours été très proche de mes malades et que je m’étais permise de les approcher avec un amour profond. Ils ont influencé ma vie et moi la leur, d’une manière très personnelle et incisive. Mais déjà quelques minutes après leur décès, mes sentiments pour eux n’existaient plus, ce qui m’étonnait au point que je me demandais si j’étais normale. Lorsque je les regardais sur leur lit de mort, j’avais l’impression qu’ils avaient – comme lorsque le printemps arrive – enlevé leur manteau d’hiver puisqu’ils n’en avaient plus besoin. J’avais la certitude incroyable que ce corps n’était qu’une enveloppe et que mon malade bien-aimé n’était plus sur ce lit.

Comme l’explique Isabelle Bayer dans son article :

Le patient perçoit les multiples attitudes de ceux qui l’entoure, comme s’il avait des antennes ; il est sensible aux moindres variations de tensions autour de lui ; il perçoit « notre degré de proximité, notre investissement à ses côtés, notre compassion ou nos résistances ». (De BEIR 2001 – la phase ultime. Manuel des soins palliatif Jacquemin et Al Dunod).

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Entrevue avec le psychologue Paul Bloom

« L’empathie? Je suis contre ! »

Empathie, une passion qui tue – Entretien avec le psychologue Paul Bloom

D’habitude, on n’a pour elle que des éloges. Mais cette inclination nous mène rarement au meilleur de nous-mêmes et souvent au pire, selon le psychologue Paul Bloom.

« L’empathie? Je suis contre », clame Paul Bloom, psychologue canadien installé à l’université de Yale et auteur d’un livre au titre ahurissant : Against Empathy, justement, « Contre l’empathie ».
Définie comme la tendance à se mettre spontanément dans la peau d’autrui, l’empathie est célébrée quasi universellement comme étant l’un des traits les plus aimables de notre esprit. Selon le chercheur, elle fait en réalité plus de mal que de bien, car elle nous focalise sur les souffrances d’une personne particulière en nous laissant indifférents (ou même en nous rendant hostiles) à toutes les autres. L’empathie serait partiale, bornée, capricieuse, aveugle aux conséquences de nos actes, facile à manipuler pour attiser la haine…

Pour Paul Bloom, les meilleurs soignants sont ceux qui se soucient de leurs patients sans ressentir eux-mêmes leur détresse.

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La méditation au service de l’équilibre émotionnel par Matthieu Ricard

« La distinction cruciale entre empathie et compassion »

20211103 133220 - La méditation au service de l’équilibre émotionnel - Matthieu Ricard

Une étude a montré que 60% du personnel soignant souffre ou a souffert du burnout et qu’un tiers en est affecté au point de devoir interrompre ses activités1. Ce taux a été évalué à 80% dans les hôpitaux de Singapour, pourtant très bien équipés.

Un projet de recherche mené avec Tania Singer a permis de distinguer sans ambiguïté l’empathie (de l’amour altruiste) et de la compassion. Ainsi, l’empathie affective permet d’entrer en résonance avec l’état affectif de quelqu’un d’autre. L’empathie est orientée vers soi. C’est l’effet que les émotions de l’autre ont sur vous.

La compassion au contraire n’engendrent ni fatigue ni usure, mais aident au contraire à les surmonter et à réparer les blessures émotionnelles. Ils peuvent servir d’antidotes à l’épuisement émotionnel du burnout.

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1 commentaire à cet article

  • tatielily dit :

    génial l’article qui me conforte dans ma façon de vivre, en fait l’apprentissage fourni par Carl Rogers – psy américain – enseignait cette pratique qui chez moi c
    ‘est trouvé être innée dans mon comportement, ce mettre à la place de l’autre et il est clair que ce n’est pas donné à tout le monde d’agir de la sorte tellement les gens sont plutôt tournés vers leur nombril au lieu de penser aux autres, j’espère que d’autres personnes y parviendront dans un futur proche, cela étant dit merci au Dalai Lama de nous apporter ces bonnes paroles !

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