Agriculture sans pesticide, ni engrais – Ça fonctionne et c’est rentable

24 Juin 2014 ∙ 6:00 par David MARTIN
Développement durableÉcologieSanté & Bien-êtreSciences
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Claude Bourguignon

Synthèse du très bel article de fond de Sophie Caillat de Rue89 :
« Médecins de la terre », ils aident les paysans à produire sans pesticides.
http://rue89.nouvelobs.com/2014/06/22/les-medecins-terre-rencontre-lydia-claude-bourguignon-252625


Agronomes alternatifs, Lydia et Claude Bourguignon conseillent paysans et vignerons désireux de changer leurs méthodes pour mieux respecter leur sol et augmenter leurs revenus. L’agriculture dite « raisonnée » est redevenu possible sans avoir à payer le prix fort et en restant rentable pour ses exploitants.

Des méthodes de travail radicalement différentes

Les méthodes pour ce changement réclament de :

  • ne plus utiliser de désherbant – d’où les bleuets ;
  • ne plus labourer avant de planter ;
  • faire se succéder différentes plantes sur un même sol (la « rotation des cultures ») ;
  • limiter les apports en engrais, en aidant la terre à se régénérer elle-même.

Sophie Caillat donne l’exemple de Sébastien, un agriculteur, qui, dès qu’il a cessé de désherber, il a alors gagné en temps et en pouvoir d’achat  :

Je suis passé de 125 litres de fioul par hectare à 30 litres, j’ai revendu ma charrue qui nécessitait un tracteur de 300 CV pour acheter un semoir qui en demande seulement 150. Ça fait 8 000 euros d’économisés sur le fioul et les machines dès la première année. »

Au passage, il a «  découvert les insectes ».

Ces médecins de la terre

Les Bourguignon se sont rencontrés à Dijon, où la fille d’immigrés italiens avait appris l’agronomie en cours du soir. Claude y était devenu ingénieur d’Etat après avoir grandi à Paris.

Ensemble, ils ont participé à la fondation de l’école d’agrobiologie de Beaujeu, précurseur notamment de la biodynamie, cette technique qui utilise les énergies pour stimuler la vie du sol et la santé des plantes.

Le grand public a pu les voir dans le film de Coline Serreau, « Solutions locales pour un monde global », sorti en 2010. Ils y parlaient d’«  agriculteurs qui élèvent des animaux malades et des plantes malades  »,  juste avant que Pierre Rabhi, le penseur de la sobriété heureuse, n’entre dans le champ de la caméra pour dire  :

Bientôt, on ne dira plus bon appétit, mais bonne chance.  »

Depuis vingt-cinq ans, dans leur Laboratoire d’analyses microbiologiques des sols (Lams), ils scrutent la terre au microscope. Constatant que «  90% de l’activité micro-biologique y a disparu  », ils en sont devenus les médecins. «  Des rebouteux qu’on va voir quand on a essayé tous les docteurs  », ose même Lydia.

Agriculteurs et viticulteurs (ces derniers comptent pour 80% de leur clientèle) viennent se plaindre que leur terre est fatiguée, qu’elle ne donne pas le rendement espéré. Certains ont d’emblée l’intention de passer en bio, et savent que le processus prendra du temps.

Les causes de ce dysfonctionnement

Pour les Bourguignon, si le système dysfonctionne, c’est d’abord à cause des subventions et de la Politique agricole commune (PAC), créée en 1957 par l’ancêtre de l’Union européenne. Claude en revient encore à l’histoire  :

«  On a rasé les haies, mis les bêtes en Bretagne et les céréales dans la Beauce. Puis les paysans ont fait ce que Bruxelles leur a dicté.  »

Et, ajoute-t-il, on ne peut pas compter sur les écologistes pour que ça change :

« Ils sont à coté de la plaque. Ils n’ont pas compris que 77% du territoire c’est de l’agriculture. L’écologie, ce n’est pas un parti, c’est un état. »

 


Source éditoriale et crédit photographique : Sophie CAILLAT / Rue89

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